Le catalan ancien. Les débuts de la langue catalane

Après la chute de l’Empire romain et jusqu’aux Xe et XIe siècles, le latin classique était la langue de la culture et de l’écriture, tandis que le roman était la langue parlée. Mais le catalan antique accédera peu à peu à l’écriture, jusqu’à l’apparition des premiers textes écrits principalement dans cette langue : Greuges de Guitard Isarn, senyor de Caboet (1080-1095) [Doléances de Guitard Isarn, seigneur de Caboet (1080-1095)] et le Jurament de pau i treva del comte Pere Ramon de Pallars Jussà al bisbe d’Urgell [Serment de paix et trêve du comte Pere Ramon de Pallars Jussà à l’évêque d’Urgell].

Pendant le bas Empire romain, surtout après la chute de l’Empire d’Occident, le latin vulgaire évolue progressivement et s’éloigne du latin dit classique pour donner naissance aux langues romanes. Mais ce n’est qu’ultérieurement qu’on prendra conscience que la langue écrite et la langue parlée sont désormais deux réalités bien différenciées. Le latin classique demeure la langue de la culture et, par conséquent, celle qu’on emploie dans l’écriture. Le roman sert quant à lui au registre parlé.

C’est au cours de la période carolingienne que cette conscience se fait jour. Une renaissance culturelle se produit à cette époque et on cherche alors à restaurer le registre le plus soutenu du latin. Cette volonté de retrouver un usage correct du latin se heurte à l’incapacité d’une grande partie de la population à le parler, et c’est pour cette raison parmi d’autres qu’on va s’apercevoir qu’il existe désormais deux langues distinctes.

Cette situation de diglossie est également mise en évidence par la nécessité de l’Église de répandre sa doctrine dans toutes les couches de la population. Devant le constat que les paroissiens ne comprennent plus la langue ecclésiastique, le Concile de Tours, qui se tient en 813, décide que les homélies latines devront être traduites en langue romane – « transferre in rusticam Romanam linguam » –, afin que tout le monde puisse comprendre ce qu’elles disent. C’est la première fois que l’existence des langues romanes est reconnue explicitement, mais ce n’est qu’en 842, avec les traductions du Serment de Strasbourg, qu’apparaîtront les premiers documents qui en offrent des échantillons écrits.

Ainsi, le catalan est né entre la fin du VIIe et le début du VIIIe siècles, au terme de l’évolution du latin vulgaire. Mais le catalan ne commencera à être employé par écrit qu’au bout de quelques siècles, et de manière progressive. Les premiers documents conservés contenant des traits propres au catalan archaïque datent du IXe et du Xe siècles. Ces traits catalans qui s’infiltrent dans des textes écrits en latin montrent déjà, d’une part qu’il existe un système linguistique bien différencié, de l’autre que la connaissance du latin classique s’appauvrit à mesure que s’affirme le besoin de créer de nouveaux concepts nés de la consolidation du féodalisme.

Au XIe siècle, l’emploi d’éléments catalans dans des documents à caractère féodal, avant tout des serments et des doléances, s’étend progressivement. Peu après, les premiers textes écrits principalement en catalan font leur apparition : les Greuges de Guitard Isarn, senyor de Caboet (1080-1095) [Doléances de Guitard Isarn, seigneur de Caboet (1080-1095)] et le Jurament de pau i treva del comte Pere Ramon de Pallars Jussà al bisbe d’Urgell [Serment de paix et trêve du comte Pere Ramon de Pallars Jussà à l’évêque d’Urgell] (datant probablement de 1098).

Au XIIe siècle, les textes écrits en catalan ne sont plus seulement de type féodal. C’est ainsi que voient le jour les premières traductions ou adaptations à caractère juridique, notamment le Liber iudiciorum ou Llibre dels judicis [Livre des jugements], un code législatif d’origine wisigothique. Les Homèlies d’Organyà, qu’on a d’abord considérées à tort comme le document en catalan le plus ancien, en raison de la prééminence qu’on accordait aux textes « littéraires » – malgré une teneur littéraire toute relative – et de la mise à l’écart de textes antérieurs relevant d’autres domaines, datent du début du XIIIe siècle.

Au XIIIe siècle, l’usage écrit du catalan est de plus en plus répandu. Un bel exemple en est la traduction la plus ancienne qui nous soit parvenue des Usatges de Barcelona, qui paraît au début du siècle.