Les particularités du catalan au milieu des langues voisines

En douze siècles d’histoire, la langue catalane s’est consolidée parmi les langues romanes, et c’est elle qui compte le plus d’usagers parmi celles qui sont écrites et parlées sur un territoire sans État. Ses caractéristiques la rendent singulière parmi les langues voisines, comme le castillan (espagnol), le portugais, le français ou l’italien.

Les premiers documents quotidiens où apparaissent des mots et des constructions en catalan remontent au IXe siècle ap. J.-C. À l’instar des autres langues romanes, le catalan a évolué à partir du latin parlé, qui se distinguait du latin écrit par sa plus grande souplesse et son adaptation aux différents territoires de l’Empire romain. La langue catalane vient surtout du latin, mais les apports antérieurs à la romanisation dus aux Celtes, aux Phéniciens, aux Grecs et aux Ibères ne sont pas négligeables, de même que ceux, postérieurs à la décadence de l’Empire romain, des peuples germaniques (Ve-VIIIe s.) ou des musulmans (VIIIe-XIIe s.).

Actuellement, le catalan est parlé par plus de neuf millions de personnes, qui se répartissent entre la Catalogne, le Pays valencien, les îles Baléares, l’Andorre, la Frange de l’Aragon, la ville de l’Alguer (en Sardaigne) et la Catalogne du Nord. Il se divise en deux grands blocs dialectaux : le catalan occidental, qui comprend le nord-occidental et les divers dialectes de Valence, et le catalan oriental, qui englobe le catalan central, le baléare, le septentrional et l’alguérois.

L’alphabet catalan se compose de 26 lettres simples. Il possède un caractère exclusif, le L·L (L dit géminé), ainsi que le digraphe NY, qui équivaut aux signes Ñ, GN ou NH dans d’autres langues.

Bien qu’il n’ait que cinq voyelles écrites (A, E, I, O, U), phonétiquement, le catalan possède, outre le A, le I et le U, un É fermé et un È ouvert, un O fermé et un O ouvert, ainsi qu’une voyelle neutre (A et E en position atone). L’espagnol présente cinq sons vocaliques, alors que le français en a seize, le portugais quatorze et l’italien sept. Toujours au niveau vocalique, le catalan connaît, comme le groupe gallo-roman – qui comprend la langue française –, la chute des voyelles atones finales. Ainsi, le catalan et le français ont en commun des mots comme « mur » ou « dur ». En revanche, dans le groupe ibéro-roman – auquel appartiennent le castillan et le portugais –, toutes les voyelles finales sont conservées, sauf le E (« muro », « duro »). Mais contrairement au gallo-roman, le catalan a gardé le U latin : en catalan pruna se prononce [prun], contre « prune » [« pryn] en français.

Quant aux consonnes, le trait le plus singulier du catalan est la transformation en U du D intervocalique passé en position finale (« pedem » devient « peu »). De plus, le catalan conserve les groupes initiaux PL, CL et FL, de même que le groupe gallo-roman, contrairement aux langues ibéro-romanes. Ainsi, si l’on prend par exemple le mot « clau », en français on a « clé », en castillan « llave » et en portugais « chave ». Comme le français, mais pas le castillan, le catalan sonorise des sourdes en fin de mot quand le phonème du mot suivant est une voyelle ou bien une consonne sonore. Ainsi, la prononciation isolée de « les » [ls] et de « dones » [dns] est différente de celle de l’article suivi du nom : [lzdns]. Comme les variétés italiques, le catalan a des consonnes redoublées : par exemple, « setmana » [smman], en catalan, et « piazza » [piadzza], en italien.

En ce qui concerne la morphologie de la langue catalane, l’une de ses principales différences vis-à-vis des variétés ibéro-romanes est l’existence d’élisions phonétiques, qui apparaissent graphiquement dans le cas des apostrophes (el + hort > l’hort), ou de manière strictement phonétique, quand un mot finissant par une voyelle entre en contact avec un mot commençant par une voyelle – ou un H –, comme dans « quinze anys », qu’on prononce [kin’zas]. En catalan, comme en italien et en portugais, les possessifs sont précédés d’un article. Catalan : « el meu pare » ; italien : « il mio padre » ; portugais : « o meu pai ». En français et en castillan, par contre, le possessif n’est pas accompagné d’un article. On dira : » mon père » et « mi padre ».

Enfin, pour ce qui est du lexique, la langue catalane possède en règle générale plus d’affinités avec les variantes gallo-romanes qu’avec les ibéro-romanes, même si, comme nous allons le voir dans les traductions du fragment de La plaça del Diamant [La Place du Diamant], roman de Mercè Rodoreda, les différences avec les langues voisines sont nombreuses, ce qui confirme, une fois encore, la pleine autonomie du catalan dans l’ensemble des langues romanes.

Catalan

« Quan els coloms, al terrat, arrencaven a volar, s’aixecaven com una onada de llampecs i d’ales i, abans d’anar-se’n a jóc, picaven les baranes i menjaven l’arrebossat, i a moltes bandes de les baranes es veien grans clapes de maons pelats. »

Castillan

« Cuando las palomas, en la terraza, alzaban el vuelo, se elevaban como una oleada de destellos y de alas y, antes de encerrarse en su nido, picaban en las barandillas y se comían el rebozado, y en muchas zonas de las barandas podían verse grandes claros de ladrillos pelados. »

Français

« Quand les pigeons, sur le toit, prenaient leur envol, ils s’élevaient en une vague d’ailes et d’éclairs, puis, avant de regagner le perchoir, ils picotaient les parapets et mangeaient le crépi, et un peu partout sur les parapets on voyait de grandes taches de briques nues. »

Portugais

« Quando as pombas, no terraço, levantavam voo, elevavam-se como uma vaga de relâmpagos e de asas, e antes de se meterem no seu ninho, picavam nas varandas e comiam o reboco, e em muitos lados das varandas podiam-se ver grandes claridades de tijolos pelados. »

Italien

« Quando le colombe, sulla terrazza, spiccavano il volo, si sollevava un’ondata di lampi e di ali e, prima di rientrare nella piccionaia, beccavano la balaustra e mangiavano l’intonaco e, su molte parti della balaustra, si vedevano grandi chiazze di mattoni scrostati. »

Voici un tableau des équivalences lexicales entre certains mots du fragment de La Place du Diamant.

Catalan Castillan français portugais Italien
colom paloma pigeon pomba colombo
terrat terraza toit terraço terrazza
onada oleada (ola) vague vaga ondata
llampec destello (relámpago) éclair relâmpago lampo
ala Ala aile asa ala
anar-se’n a jóc encerrarse en su nido regagner le perchoir se meterem no seu ninho rientrare nella piccionaia
barana barandilla parapet varanda balaustra
menjar comer manger comer mangiare
l’arrebossat el rebozado le crépis o reboco l’intonaco
veure ver voir ver vedere
clapa claro tache claridade chiazza
maó ladrillo brique tijolo mattone
pelat pelado nue pelado scrostato