Les politiques de récupération et d’intégration linguistiques

La fin de la dictature franquiste et l’instauration de l’autogouvernement en Catalogne et, à des degrés divers, dans d’autres régions du territoire linguistique, permettent la mise en œuvre d’un processus de récupération et de normalisation linguistique. L’objectif est de corriger les effets dévastateurs qu’a eus la dictature sur la situation sociale et institutionnelle du catalan.

En Catalogne, le processus de récupération linguistique commence à partir du rétablissement du gouvernement de la Generalitat, en 1977, suivi de l’approbation, en 1979, du Statut d’Autonomie, qui redonne à la langue catalane son officialité, à côté du castillan, et déclare qu’elle est la langue propre de la Catalogne. Ce cadre légal permet de mettre en œuvre une politique linguistique favorable à la récupération de la langue catalane, dont le fer de lance est la première loi sur la normalisation linguistique.

Le but prioritaire de cette première loi sur la normalisation, approuvée en 1983, est la récupération de la langue dans les usages officiels, dans le système éducatif et dans les médias publics, ainsi que le soutien institutionnel explicite à son usage social. Quant à la réglementation des usages officiels, elle instaure l’emploi habituel du catalan comme langue propre des différentes administrations catalanes, elle donne une validité légale aux textes rédigés dans cette langue et permet au catalan d’être une langue de relation entre le citoyen et les différentes administrations catalanes. De plus, elle établit que seuls les toponymes catalans seront recevables sur le territoire catalan – sauf dans le Val d’Aran, qui utilisera les formes aranaises. En ce qui concerne le système éducatif, elle détermine les bases d’un emploi véhiculaire habituel de la langue catalane, elle rejette explicitement la ségrégation des élèves en fonction de leur langue et fait du catalan la langue du système éducatif, en garantissant aussi la présence du castillan et la connaissance des deux langues officielles chez tous les élèves à la fin de l’enseignement obligatoire.

En 1998, une nouvelle loi, appelée cette fois  loi sur la politique linguistique, remplace celle de 1983. Elle est toujours en vigueur. Cette loi, tout en suivant la ligne d’action définie par la précédente, est plus étendue et plus précise. Le concept de langue propre est plus développé dans les articles, où il est spécifié qu’elle est la langue préférentielle de l’administration, des entreprises et des services publics ou offrant des services au public. Elle rend plus explicite le chapitre sur les droits linguistiques et établit le droit de tous les citoyens de Catalogne à connaître, à s’exprimer et à être accueillis et servis dans chacune des deux langues coofficielles, dans un cadre de non-discrimination pour des raisons de langue. D’autres points non abordés par la législation précédente apparaissent dans cette loi, notamment l’unité de la langue catalane, les documents et les contrats civils et commerciaux, l’anthroponymie, les industries de la langue et l’informatique, l’accueil du public dans les entreprises, l’information au consommateur, les pancartes et la publicité, la relation avec d’autres territoires catalanophones et le rayonnement de la langue à l’extérieur. De plus, elle renforce le rôle prééminent du catalan dans des domaines déjà traités dans le texte précédent. L’organisme chargé de l’exécution et de l’application des lois touchant à la politique linguistique, ainsi que de la promotion de la langue catalane, est le Secrétariat à la Politique linguistique. Dans cet objectif, l’organisme a mené tout au long des vingt-cinq dernières années plusieurs campagnes successives de promotion et de sensibilisation linguistiques qui se sont adaptées à la situation sociale du catalan à ce moment-là, comme « El català, cosa de tots » [Le catalan, l’affaire de tous] (1982), « Depèn de vostè » [Cela dépend de vous] (1985-1986), « Tu ets mestre » [C’est toi le maître] (2003), « Dóna corda al català » [ Remonte le catalan] (2005-2007) et « Encomana el català » [Propage le catalan] (à partir de 2009). L’objectif de fond de toutes ces campagnes, surtout les plus récentes, est d’éviter que les catalanophones ne passent sans raison du catalan au castillan devant des personnes dont ils savent que ce n’est pas la langue maternelle mais qui comprennent et parlent le catalan et de renforcer le rôle du catalan en tant que langue publique commune et langue d’accueil sur un territoire dont la diversité linguistique est plus grande que jamais. En ce qui concerne la promotion et l’emploi du catalan sur l’ensemble du territoire de la Catalogne, il faut également tenir compte du rôle du Consorci per a la Normalització Lingüística [Consortium pour la Normalisation Linguistique]. Cet organisme, qui fédère depuis plus de vingt ans les efforts des communes et autres collectivités locales, offre un très vaste éventail de services linguistiques sur tout le territoire, allant de cours de catalan pour adultes à des consultations linguistiques et des programmes de dynamisation linguistique.

Si la reconnaissance légale de la langue catalane, sa promotion et son soutien institutionnel sont clairs et permanents en Catalogne depuis la fin de la dictature franquiste, on ne peut pas en dire autant de tous les territoires catalanophones. Au Pays valencien, la langue catalane a été légalement reconnue sous la dénomination de « valencien » et est considérée comme une langue officielle au même titre que le castillan. Les politiques linguistiques du gouvernement de Valence n’ont pas été suffisantes pour renverser une situation critique de substitution linguistique et le catalan présente actuellement des signes évolutifs préoccupants. Le système éducatif, qui sépare les élèves en fonction de leur langue, n’a pas permis à la population d’avoir, à l’issue de l’enseignement, la capacité d’employer les deux langues officielles. En s’appuyant sur le nom de « valencien » et sur les spécificités de la langue sur ces terres, le sécessionnisme linguistique est allé en augmentant et a même joui d’un support institutionnel, au point qu’on a empêché la réception des médias catalans au Pays valencien. Malgré les efforts des organismes et associations défenseurs de la langue, il n’est pas sûr que la situation légale et politique puisse évoluer positivement à court et à moyen terme. En ce qui concerne les îles Baléares, la situation se trouve à mi-chemin entre la Catalogne et le Pays valencien. Le catalan est considéré comme la langue propre des îles et il a, comme le castillan, le statut de langue officielle. Tout au long des vingt dernières années, différentes mesures de politique linguistique ont été mises en œuvre, mais leur application a souvent été conditionnée par la couleur du parti au pouvoir. Le système scolaire n’est pas séparé et il promeut une présence à égalité du catalan et du castillan dans les salles de classe. La Principauté d’Andorre constitue un cas à part, puisque le catalan est, dans ce pays, la langue officielle et unique. Même si cela lui assure une position inégalable du point de vue de la reconnaissance légale et institutionnelle, la situation sociolinguistique actuelle, en revanche, ressemble fort à celle de la Catalogne. Les territoires où la langue est le plus menacée du point de vue de la loi et de l’aménagement linguistique sont la Catalogne du Nord, l’Alguer et, tout particulièrement, la Frange d’Aragon.